Les atteintes aux droits humains, Michelle Bachelet les a vécues dans sa chair, puisqu’elle a été détenue politique sous la dictature du général Pinochet. Après deux mandats à la présidence du Chili, elle a pris ses fonctions de Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme le 1er septembre. © OHCHR
Les atteintes aux droits humains, Michelle Bachelet les a vécues dans sa chair, puisqu’elle a été détenue politique sous la dictature du général Pinochet. Après deux mandats à la présidence du Chili, elle a pris ses fonctions de Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme le 1er septembre. © OHCHR

DUDH Femme de poigne au Palais Wilson

Propos recueillis par Julie Jeannet et Jean-Marie Banderet - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 95, Décembre 2018
Voici trois mois, Michelle Bachelet devenait la nouvelle Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. L’ancienne présidente du Chili, qui a elle-même subi torture et détention arbitraire sous la dictature, nous livre une vision optimiste de la lutte en faveur des droits humains.
> AMNESTY: Comment se sont déroulés vos premiers mois en tant que Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme?

< Michelle Bachelet : Pour être honnête, ces premières semaines ont été très intenses. Ma priorité en tant que Haut-
Commissaire est d’être la voix des sans-voix. C’est pourquoi nous travaillons avec des partenaires qui vont des  gouvernements à la société civile et le secteur privé. Je compte m’attacher à renforcer l’égalité et la dignité humaines.

> On observe une montée du populisme dans plusieurs pays au cours de ces dernières années. Cette tendance  menace les conventions relatives aux droits humains… Que faire pour les protéger ?

< Compte tenu de ce qui s’est passé dans mon pays, le Chili, je sais à quel point la haine et la division peuvent être sources de tragédie. C’est la raison pour laquelle j’ai consacré ma vie à oeuvrer pour l’égalité et le respect de tous. Certes, les populistes attisent et nourrissent la peur et la colère de nombreuses communautés à travers le monde. L’histoire l’a démontré : maltraiter l’étranger, c’est maltraiter tout le monde. C’est pourquoi nous devons lutter contre le racisme, la xénophobie et le fanatisme.

> Les entreprises multinationales sont toujours plus influentes, devenant parfois plus puissantes que les nations.
Comment faire pression pour qu’elles incluent le respect des droits humains dans leurs pratiques ?

< La question peut également être posée à l’envers : combien d’argent une entreprise qui ne respecte pas les droits humains perdra-t-elle ? Le respect des droits humains peut avoir un impact direct sur les résultats des entreprises. Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à l’impact que peuvent avoir les produits qu’ils achètent et les services qu’ils utilisent. Une mauvaise réputation peut entraîner une chute spectaculaire de la valeur des actions. À l’inverse, le respect des droits humains contribue également à attirer et à retenir les talents. Un nombre croissant d’entreprises en sont pleinement conscientes et introduisent de meilleures pratiques. Un grand nombre des droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) concerne directement les entreprises. C’est le cas notamment pour la liberté de circulation (main-d’oeuvre), le principe de nondiscrimination (LGBTI, égalité de salaire), la liberté d’association (syndicats) et le droit au travail et à une vie décente. En bref, la DUDH s’infiltre dans tous les domaines de l’entreprise.

> Quels espoirs nourrissez-vous pour les droits humains ?

< Il faut reconnaître que, lorsque l’on parle de droits humains, c’est souvent pour décrire comment ils ont été violés.  Mais il y a aussi eu de grands progrès. La peine de mort a été abolie dans de nombreux pays ; les droits à la santé et à l’éducation ont progressé. Les personnes LGBTI peuvent, dans de nombreux pays, vivre leur vie comme bon leur semble. En septembre, la Cour suprême en Inde a décriminalisé les relations entre personnes de même sexe. En 2017, la Tunisie a fortement fait avancer les droits des femmes en adoptant une loi historique sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles. En Colombie, les efforts pour promouvoir les droits humains ont permis de mettre fin à un conflit de longue date. Ce ne sont là que quelques exemples, mais il en existe d’innombrables autres. Les choses vont dans la bonne direction dans de nombreux pays ; parfois pas assez vite, mais elles bougent. C’est cela qui doit nous inspirer.