Mary Robinson est la première femme à diriger l’Irlande, entre 1990 et 1997. Elle démissionne quelques mois avant la fin de son mandat présidentiel pour devenir Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. En 2013, l’avocate est nommée par le Conseil de sécurité de l’ONU en tant qu’envoyée spéciale dans la région des Grands Lacs en Afrique de l’Est, puis comme envoyée spéciale pour le changement climatique, une problématique dont sa fondation a fait aujourd'hui son fer de lance. © Wikicommons
Mary Robinson est la première femme à diriger l’Irlande, entre 1990 et 1997. Elle démissionne quelques mois avant la fin de son mandat présidentiel pour devenir Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. En 2013, l’avocate est nommée par le Conseil de sécurité de l’ONU en tant qu’envoyée spéciale dans la région des Grands Lacs en Afrique de l’Est, puis comme envoyée spéciale pour le changement climatique, une problématique dont sa fondation a fait aujourd'hui son fer de lance. © Wikicommons

DUDH «Nous devons rester prisonniers de l’espoir»

Propos recueillis par Manuela Reimann Graf - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 95, Décembre 2018
Mary Robinson a été la première femme à diriger l’Irlande, avant de devenir Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Elle nous confie ses craintes face à la dégradation de la situation des droits humains, tout en affirmant la nécessité de se mobiliser pour une justice climatique.
> AMNESTY: Quel est votre regard sur l’évolution des droits humains depuis la fin de votre mandat au Conseil des droits de l’homme ?

< Mary Robinson : La situation des droits humains s’est gravement péjorée, notamment avec la montée des mouvements populistes qui privilégient les intérêts individuels des pays au détriment de solutions globales. À cela s’ajoute la « peur de l’autre », qui fait que les droits des migrants et des réfugiés sont de moins en moins respectés. Les défenseurs et défenseuses des droits humains sont aujourd’hui menacés à travers le monde. Les gouvernements défendent moins les droits fondamentaux, je pense notamment à la liberté de la presse. La défense des droits humains a toujours été un combat. C’est justement parce que la situation est devenue plus difficile que nous devons poursuivre cette bataille, plus forts et déterminés que jamais.

> Où trouver l’espoir pour continuer ?

< Un jour, alors qu’on l’accusait d’être un optimiste, Desmond Tutu a dit : « Non, je ne suis pas un optimiste, je suis un prisonnier de l’espoir. » Je trouve cette devise très importante. Pour un prisonnier de l’espoir, le verre n’est jamais à moitié plein ou à moitié vide. Il y a dans le verre quelque chose à travailler. C’est ce que font les défenseurs et  défenseuses des droits humains à travers le monde, dans des circonstances très difficiles. Peu importe la situation,  ces personnes s’activent pour l’améliorer. Nous devons conserver cet état d’esprit : il faut rester prisonniers de  l’espoir lorsque les temps sont durs !

> Faut-il encore confier la défense des droits humains aux Nations unies ? Les États qui piétinent les droits humains siègent au Conseil des droits de l’homme et le Conseil de sécurité est dans une impasse…

< C’est vrai que l’ONU est actuellement dans une passe difficile. En particulier au niveau du Conseil de sécurité où le
droit de veto bloque des décisions primordiales. Je trouve immoral et extrêmement regrettable que des crises  comme celles qu’endurent la Syrie et le Yémen ou d’autres régions persistent. Le Conseil des droits de l’homme n’est pas non plus dans sa phase la plus glorieuse, mais c’est déjà arrivé par le passé. Les États-Unis ne souhaitent plus  jouer leur rôle de leader. Au contraire, ils s’isolent en se retirant du Conseil des droits de l’homme, ce que je déplore. Malgré cela, l’ONU demeure un cadre de référence pour les droits humains et doit rester une voix forte pour les  défendre.

> L’une des causes actuelles de la migration est le réchauffement climatique qui exerce une forte pression sur les  droits humains. Votre fondation se bat pour une justice climatique. Quels sont concrètement vos objectifs ?

< Nous sommes face à une grave injustice climatique. Ce sont non seulement les pays les plus pauvres mais  également les communautés les plus défavorisées des pays les plus riches qui sont majoritairement affectés. Ces  personnes ne sont généralement pas responsables du changement climatique mais elles voient leurs droits affectés  de manière disproportionnée par celui-ci. Il faut corriger ça. Il est temps de fournir une énergie propre à toutes les  personnes qui n’ont pas du tout accès à l’électricité.